L’habitat formel : La Loire, adaptation et résilience

Introduction

L’habitat formel se définit par opposition à l’habitat informel qui est l’ensemble des logements indécents. “Un logement décent représente une surface minimale, équipé en eau courante, avec des installations de gaz et d’électricité sécurisées, n’ayant pas de courants d’air, suffisamment confortable, etc.”. Et depuis les années 1943, pour qu’un habitat soit considéré comme formel, il doit être sous un contrat de construction. L’irrégularité face aux règles d’urbanisme est spécifique à l’habitat informel (1).

La ville de Tours est située au centre d’un val inondable fermé, entre la Loire et le Cher, de nombreux logements sont donc impactés par le risque inondation. Avec 18 communes vulnérables dont 5 entièrement inondables soit près de 130 000 habitants impactés (2). Nous allons ici nous intéresser à l’impact de l’habitat sur le cours du fleuve et inversement l’impact du fleuve sur les habitats et habitants.

Développement

La ville de Tours dispose obligatoirement d’un Plan de Prévention du Risque Inondation (PPRI) (3). Le dernier date de 2016, qui est divisé en 4 zones, une zone de champ d’expansion des crues, une zone déjà urbanisée et les centres urbains et une zone hors d’eau. La zone d’expansion des crues en rouge est inconstructible pour plus de détails sur cette zone pour l’habitat voir Habitat informel.

PPRI du Val de Tours – Val de Luynes – Source : Préfecture d’Indre-et-Loire (3)

En plus du PPRI, le Val de Tours possède un Programme d’Actions de Prévention des Inondations (PAPI) (4). Le PAPI est un ensemble de fiches actions réparties selon 7 axes thématiques dont la prise en compte du risque inondation dans l’urbanisme. Cet axe a pour objectif de maîtriser l’urbanisation pour diminuer les risques à moyen et long terme et d’accroître les champs d’expansion des crues (en rouge dans le PPRI) en désurbanisant les secteurs les plus exposés au risque inondation. Par exemple, le but est d’améliorer la résilience des habitations en agissant sur les constructions neuves.

En effet, les constructions et les habitants se sont adaptés à ce risque et ont modifié leurs usages, pour cela il y a plusieurs stratégies, celle de résister, de céder ou les deux (5). Par exemple, avec des rez-de-chaussée inondables et des étages non-inondables, ou en limitant l’imperméabilisation avec des matériaux de construction poreux (5).

Quartier des 2 Lions à Tours – Source : www.37degres-mag.fr

Dans les quartiers qui mettent au cœur de leur projet la gestion du risque inondation, la part la plus importante est celle de la gestion hydraulique pour ne pas entraver la circulation de l’eau et limiter les dégâts humains et matériaux en cas d’inondation. Le but dans ces nouvelles constructions est d’initier une démarche de conception de projets intégrant le risque inondation comme élément à part entière (6). La gestion de l’eau fait partie intégrante dans les projets d’écoquartiers notamment pour favoriser le ruissellement avec des sols perméables et des bassins de rétention et à l’échelle de la construction avec des toitures végétalisées et la récupération des eaux pluviales (7).

Ce sont des quartiers qu’on appelle résilients. Vous pouvez découvrir un exemple de ces quartier avec l’étude de cas suivante sur le quartier “Les jardins du Nouvel’R” ou “Cour du petit Pressoir”.

Frise chronologique

Frise chronologique de l’habitat formel

Historique

La frise ci-dessus met en avant l’évolution de la prise en compte du risque inondation dans les documents de planification territoriale.
Dans un premier temps le risque n’était pas mesuré et certains quartiers se sont construits dans des zones inondables. Ces quartiers sont pour la plupart toujours existants et doivent faire face à des inondations fréquentes.

Dans un second temps, les institutions, comme la Préfecture d’Indre et Loire, ont mesuré le risque pour évaluer les zones vulnérables mais c’est plus tard qu’elles ont pris des décisions plus radicales sur les droits de construction en zone inondable.

Aujourd’hui plusieurs axes sont mis en avant par la Métropole de Tours, la prévention et la protection des populations habitant en zone inondable, la réduction de l’imperméabilisation des sols en limitant l’étalement urbain et la prise en compte du risque inondations dans les nouvelles constructions. Ce dernier axe met en avant la volonté d’apprendre à vivre avec le fleuve et le risque en changeant les modes de construction et de vie.

Cour du petit pressoir à Saint Pierre des Corps – Source : MEEM et MLH, 2016

Conclusion

Finalement, l’objectif des pouvoirs publics est d’améliorer la prévision et la prévention des inondations. Il se traduit par l’élaboration de nouveaux plans et une meilleure information aux habitants. Mais aussi, par la réduction de la vulnérabilité des habitations en zone inondable et le développement de la “culture du risque” (8). C’est la prise en compte du risque inondation, elle a grandi surtout dans les 20 dernières années notamment avec l’élaboration de nouvelles techniques de construction qui montre les changements de mode de vie des habitants.

Clos des Lys – Source : MEEM et MLH, 2016

Bibliographie

1. Clerc V. Du formel à l’informel dans la fabrique de la ville. Politiques foncières et marchés immobiliers à Phnom Penh. Espaces et societes. 2010;n° 143(3):63‑79.

2. Tours Métropole Val de Loire. PAPI : le Programme d’Actions de Prévention des Inondations [Internet]. Tours Métropole Val de Loire. 2018 [cité 17 nov 2020]. Disponible sur: https://tours-metropole.fr/papi

3. Préfecture d’Indre-et-Loire. PPRI Val de Tours – Val de Luynes (LOIRE)  – Les services de l’État en Indre-et-Loire [Internet]. 2016 [cité 17 nov 2020]. Disponible sur:https://www.indre-et-loire.gouv.fr/Politiques-publiques/Risques-naturels-et-technologiques/Plan-de-prevention-des-risques-inondations/PPRI-Val-de-Tours-Val-de-Luynes-LOIRE

4. Tours Métropole Val de Loire. Axe 4 du PAPI : Prise en compte du risque inondation dans l’urbanisme [Internet]. 2018 [cité 14 déc 2020]. Disponible sur: https://tours-metropole.fr/sites/default/files/fiches_papi-axe4.pdf

5. Ministère de l’Égalité des Territoires et du Logement, Ministère de l’écologie, du Développement durable et de l’énergie. Référentiel de travaux de prévention du risque d’inondation dans l’habitat existant [Internet]. 2012 [cité 23 nov 2020]. Disponible sur: https://www.mementodumaire.net/wp-content/uploads/2012/08/referentielInondation.pdf

6. Ministère de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer, Ministère du Logement et de l’Habitat durable. Comment mieux bâtir en terrains inondables constructibles ? [Internet]. 2016 [cité 23 nov 2020]. Disponible sur: https://www.cerema.fr/system/files/documents/2018/11/Brochure_GPATIC_2015.pdf

7. Ministère de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement. Etude sur la gestion de l’eau dans les projets présentés à l’appel à projets EcoQuartiers 2009 [Internet]. 2011 [cité 7 janv 2021]. Disponible sur: http://www.eau-poitou-charentes.org/IMG/pdf/rapport_definitif_etude_eau_eq2009-_novembre_2011.pdf

8. Ministère de la Cohésion des territoires. Prévention de l’inondation [Internet]. Ministère de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales. [cité 14 déc 2020]. Disponible sur: https://cohesion-territoires.gouv.fr/prevention-de-linondation

Références connexes

  • Durand S. Du riverain au résident : évolutions des liens à l’eau et culture locale du risque. Natures Sciences Societes. 2018;Vol. 26(3):270‑9.
  • Durand S. Vivre avec la possibilité d’une inondation ? Ethnographie de l’habiter en milieu exposé.. et prisé. [Internet] [phdthesis]. Aix Marseille Université; 2014 [cité 14 déc 2020]. Disponible sur: https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01162551
  • Richard-Ferroudji A, Dupont N, Durand S, Grelot F. Une politique du « vivre avec » un fleuve et ses débordements. VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement [Internet]. 12 sept 2014 [cité 14 déc 2020];(Volume 14 Numéro 2). Disponible sur:http://journals.openedition.org/vertigo/15057