Biodiversité

Le Val de Loire se démarque du fait de la richesse de sa biodiversité. En effet, il est possible de dénombrer une multitude d’espèces et habitats remarquables. La Loire est constituée de plusieurs réservoirs de biodiversité reliés par des corridors biologiques, lesquels permettent d’assurer des connexions entre eux, offrant ainsi aux espèces des conditions favorables à leurs déplacements et à l’accomplissement de leur cycle de vie. 

La Loire constitue également une étape migratoire pour de nombreuses espèces.

Au titre des espèces présentes, le Val de Loire comprend de nombreuses espèces animales, dont la présence d’oiseaux tels que les sternes naines et pierregarin, les balbuzards pêcheurs, ainsi que de poissons amphihalins (le saumon, la truite de mer, l’anguille, la lamproie). 

Au titre des habitats, ce territoire est caractérisé notamment par des pelouses sableuses, des grèves et des forêts alluviales.

Dans un objectif de préservation de cette biodiversité de nombreux instruments ont été mis en place sur ce périmètre, il s’agit par exemple des réserves naturelles, du réseau Natura 2000 ou encore des arrêtés préfectoraux de protection de biotope. Certains de ces outils de préservation de la biodiversité sont cités dans le plan de gestion, mais il n’existe pas une partie dédiée exclusivement à la protection de la biodiversité au sein de celui-ci. 

Il conviendrait d’intégrer plusieurs orientations au sein du plan de gestion afin de renforcer la protection de la biodiversité. 

Coucher de soleil vu du Pont Wilson – Tours, photo Victoire Margueritte

Orientation n°1 – Une protection uniforme du périmètre 

Diagnostic

Les outils de protection de la biodiversité existants peuvent se superposer sur le périmètre du Val de Loire créant ainsi une pluralité de règles applicables à une même zone, alors que certaines zones nécessitent d’être davantage protégées du fait des habitats et/ou espèces remarquables. 

De plus, le périmètre du Val de Loire fait l’objet d’une protection quelque peu anthropocentrée et morcelée. En effet, certaines zones sont protégées davantage par plusieurs outils de protection, or, les espèces se déplacent et ne restent pas dans un seul et même zonage. Le manque d’uniformité du périmètre peut donc les mettre en danger. Le périmètre du Val de Loire renferme une multitude d’espèces (animales, végétales), cependant le plan de gestion n’a pas établi d’inventaire propre. 

Propositions d’actions

A – Un inventaire propre au plan de gestion

L’inventaire semble être un élément clé des plans de gestion pour une protection uniforme du périmètre. En effet, il est indispensable pour connaître, protéger, préserver mais aussi étudier l’ensemble de la biodiversité présente sur un périmètre donné, ainsi que les évolutions qu’elle peut connaître. 

Il s’agirait donc d’identifier et de classer par zone afin d’avoir une connaissance accrue des espèces présentes sur le périmètre et donc de mieux sauvegarder cette biodiversité. Cet inventaire serait également accessible sur le site de la mission Val de Loire. Cette mise à disposition au public permettrait aux citoyens d’avoir un accès aux espèces qui existent sur le tronçon de la Loire allant de Chalonnes-sur-Loire à Sully-sur-Loire. 

Pour réaliser cet atlas, il est possible de reprendre les données déjà existantes notamment les cahiers d’habitats Natura 2000, le Schéma Régional de Cohérence Écologique, les Zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF), les inventaires biologiques communaux ou encore les bases de données des associations pour la protection de la nature. De plus, certaines communes ont déjà fait participer les citoyens à l’élaboration de cet inventaire, lesquels devaient rapporter les espèces inventoriées. Il serait donc possible de mettre en avant l’aspect participatif des citoyens, en plus de l’intervention de naturalistes et divers professionnels.

Il conviendrait donc de mettre en place un inventaire visant une protection uniforme du périmètre.

➜ les communes, les établissements publics de coopération intercommunale, la Mission Val de Loire, les usagers, les associations, le Conservatoire d’espaces naturels Centre-Val de Loire, les laboratoires universitaires (fac de biologie).

Entre les bras de la Loire et la végétation – Tours, photo Victoire Margueritte

B – Une protection de la Loire et de ses abords renforcée par un arrêté de protection de biotope interdépartemental (APB) 

Cette protection pourrait être rendue effective par la création d’un arrêté préfectoral de protection de biotope interdépartemental. Celui-ci permettrait de protéger les différents espaces, tels que les bancs de sable de la Loire et ses abords immédiats comme la ripisylve ou les forêts, mais également les espèces emblématiques qui y sont présentes, telle que le castor. Permettant ainsi la protection d’un espace plus grand en étendant/ augmentant/ élargissant les aires de protection déjà présentes.

Par ce dispositif, les bancs de sable qui sont mouvants seront désormais constamment protégés. Car pour le moment, si l’arrêté trace un zonage restreint il est fort probable qu’en peu de temps ces bancs se déplacent en dehors de la zone protégée.

De plus, la protection prévue par l’APB interdépartemental pourra être renforcée par la prise en compte de l’inventaire de l’orientation n°1.

➜ le Préfet de département (Direction départementale des territoires).

Orientation n°2 – La sensibilisation sur le Val de Loire

Diagnostic

La protection de la biodiversité ne peut pas seulement venir des politiques publiques pour fonctionner, il faut qu’elle soit générale. La méconnaissance est souvent à l’origine des atteintes à l’environnement. Une bonne protection passe nécessairement par la sensibilisation du grand public.

Propositions d’actions 

A – Informer les citoyens de la délimitation du périmètre du Val de Loire

Avant de pouvoir sensibiliser les gens à la protection de la biodiversité, il faut d’abord pouvoir leur signifier qu’ils arrivent sur un territoire qui est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Cela peut prendre la forme de panneaux, tels qu’on les trouve à l’entrée et à la sortie d’une ville. Ainsi, lorsque l’on entre sur le périmètre, un panneau pourrait expliquer ce qu’est le Val de Loire et pourquoi il figure dans ce patrimoine. De ce fait, les mesures restrictives permettant la protection de la biodiversité seront davantage comprises et respectées par les usagers. De plus, en sortant du périmètre, un panneau pourrait également prévoir de remercier les visiteurs d’avoir respecté l’environnement dans lequel ils se trouvaient et donc d’avoir participé à la protection de ces différentes espèces présentes sur la zone.

➜ les communes, les établissements publics de coopération intercommunale, la mission Val de Loire.

B – L’installation de panneaux informatifs sur la biodiversité à destination des usagers 

La participation des usagers est primordiale, il faut leur conférer un rôle, les faire participer. Il existe déjà de nombreuses actions citoyennes locales en faveur de la protection de la biodiversité, comme les marches de nettoyage organisées par l’association “Je Nettoie Ma Loire” autour d’Orléans.

A l’aide de l’inventaire, il conviendrait d’installer des panneaux à différents endroits pour informer les promeneurs/usagers/touristes des espèces partageant ces espaces. Il s’agirait de prévenir les mauvais comportements envers les espèces, qu’ils soient malintentionnés ou non, par exemple “en marchant sur une grève à telle saison, je détruis une zone de nidification”. Cependant, il a pu être constaté que sur des espaces qui sont pourtant des puits de biodiversité, l’information adressée aux promeneurs est peu présente. La sensibilisation notamment par des panneaux pédagogiques est un bon moyen de développer ces espaces au niveau culturel tout en protégeant la biodiversité. 

La sensibilisation peut également se faire à l’école, avec des intervenants qui font découvrir les richesses de la biodiversité du Val de Loire aux écoliers.

➜ les communes, les établissements publics de coopération intercommunale, la mission Val de Loire.

Utilisation d’un banc de sable comme d’une plage – Tours, photo Victoire Margueritte
Utilisation d’un banc de sable comme d’une plage – Tours, photo Victoire Margueritte

Orientation n°3 – Actions concrètes visant à lutter contre l’appauvrissement de la biodiversité

Diagnostic 

Depuis 30/40 ans, la biodiversité s’est effondrée en France, les chiffres sont sans appel. Notamment pour les insectes, dont leurs populations connaîtraient un effondrement de 70 à 90%.

Propositions d’actions

Trois solutions concrètes semblent pouvoir limiter l’impact néfaste de la “ville” sur le panel de biodiversité présent sur les bords de Loire.

A – La réduction de la pollution lumineuse

L’association nationale pour la protection du ciel et l’environnement nocturnes (ANPCEN) relève que la quantité de lumière émise a crû de 94 % depuis les années 1990 en France pour le seul éclairage public.

Cette orientation viserait à renforcer la protection de plusieurs types d’espèces, tels que les insectes et les oiseaux.

Les insectes sont fortement impactés par la pollution lumineuse la nuit, puisqu’ils sont désorientés par la présence d’éclairages artificiels. A ce sujet, Jean-Philippe Siblet, travaillant au Muséum national d’histoire naturelle, constate que ce sont des quantités astronomiques d’insectes qui succombent sous l’effet de l’éclairage public chaque nuit. Ce constat est préoccupant concernant les populations d’insectes mais il l’est également pour le reste de l’écosystème, puisque les insectes constituent la base de la chaîne alimentaire.

Concernant les oiseaux, un rapport publié en 2015 par l’ANPCEN démontre que les oiseaux migrateurs sont particulièrement vulnérables à l’éclairage artificiel. En effet, la lumière a pour effet de les désorienter mais peut aussi bouleverser les rapports entre proies et prédateurs. Dans une volonté de réduction de la pollution lumineuse, il conviendrait de reprendre le dispositif de la “trame noire” calquée sur la trame verte et bleue (issue du Grenelle de l’environnement de 2007). En effet, le périmètre du Val de Loire accueille de nombreuses espèces d’oiseaux migrateurs qui viennent pondre sur des zones de nidification au printemps. Il serait donc intéressant de reprendre ce modèle et d’établir des “corridors”, c’est-à-dire des passages plongés dans l’obscurité permettant aux espèces de se déplacer sans être perturbées par la lumière. 

Possibilité de privilégier des lampadaires avec une intensité lumineuse faible, jouer sur les longueurs d’onde ou utiliser des lampes “ambrées” qui tirent vers le rouge-orange plutôt que le blanc là où l’éclairage ne peut pas être supprimé. Cette solution a été mise en place et a démontré son efficacité dans plusieurs villes et notamment à Lille.

Dans le but de réduire ces nuisances lumineuses, les efforts pourraient également être portés sur l’éclairage nocturne des publicités et enseignes lumineuses. 

➜ les communes, les établissements publics de coopération intercommunale, les directions départementales des territoires.

B – L’entretien des espaces verts 

Le périmètre qui nous intéresse est façonné d’espaces “sauvages” (forêt alluviale, grèves) mais aussi de bords de route ou de chemins quotidiennement utilisés. Ce périmètre représente ainsi un habitat pour de nombreuses espèces animales. 

La protection des espèces se faisant également par la protection de leur habitat, l’adoption du fauchage et de la coupe raisonnés semblent être des outils intéressants. 

1 – Le fauchage raisonné

Les grands principes du fauchage raisonné sont au nombre de trois : limiter la hauteur de coupe à 10 cm du sol, limiter les interventions de printemps au strict nécessaire et repousser le débroussaillage des fossés et des talus à l’automne afin de permettre la reproduction des espèces vivant dans ces milieux.

Il existe dans la pensée commune que, pour qu’un espace vert soit beau et entretenu, il doit être tondu régulièrement et ne pas comprendre de “mauvaises herbes”. C’est ce qui ressort généralement de l’entretien des espaces verts publics, lesquels sont régulièrement tondus. Or, ceux constituant des “prairies naturelles”, représentent des foyers de biodiversité. De plus, le fauchage intensif entraîne également l’érosion des sols et donc l’appauvrissement de la biodiversité locale.

Ainsi, laisser des espaces en friche ou retarder le fauchage permet à une multitude de plantes, d’animaux et d’insectes de se réapproprier les lieux et de s’y développer. 

Cette orientation permettrait aux collectivités de réaliser des économies. En effet, en réduisant le nombre de fauchage par an, la commune utilise moins de carburant, et a également moins de risques de casse de matériel dont les couteaux de fauchage, puisque le fauchage s’effectue moins près du sol. 

Comme le fauchage est synonyme d’entretien pour les usagers, il s’agirait également d’informer les habitants sur ce point, rejoignant la deuxième orientation relative à la sensibilisation, étendant ainsi ces actions vers les espaces privés. 

Nature sauvage des bords de Loire – Entre Tours et Saint-Pierre-des-Corps, photo Marie Zayas

2- La coupe raisonnée

En plus du fauchage raisonné, les communes peuvent prendre en compte les recommandations de l’Office français de la biodiversité (OFB) et de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), sur le fait de ne pas élaguer les arbres ni tailler les haies pour protéger les oiseaux pendant la période de nidification qui s’étend du 15 mars au 31 juillet. En plus de mettre en application cette orientation dans l’espace public, elles peuvent également sensibiliser les habitants sur ce point.

➜ les communes, les établissements publics de coopération intercommunale, les directions départementales des territoires.

  • en s’adressant aux communes en tant qu’acteurs dans l’entretien des espaces verts publics.
  • en s’adressant aux communes en tant qu’acteurs de sensibilisation auprès des citoyens pour l’entretien des espaces privés.

C – Le recensement des animaux tués sur la route, un outil permettant la création de nouvelles continuités écologiques

A de nombreux endroits, le tronçon de la Loire de Sully-sur-Loire jusqu’à Chalonnes-sur-Loire est bordé par des routes. Celles-ci peuvent constituer un obstacle dans le déplacement des différentes espèces animales et ainsi atténuer les effets des outils de protection mis en place. En effet, les accidents de la route sont la première cause de mortalité de la faune sauvage en France selon le ministère de l’agriculture. 

Les animaux morts sur la route étant ramassés par les agents du service public d’équarrissage, il serait intéressant de recenser le nombre d’animaux tués pour faire un état des lieux. Cet outil serait un moyen d’identifier les ruptures de continuités écologiques afin de se donner la possibilité d’agir en conséquence. Et cela permettrait également d’envisager le réaménagement de certaines infrastructures routières pour limiter le risque de mortalité. Cet aménagement devra prendre en compte les particularités des espèces concernées ainsi que l’endroit où il sera mis en place. 

Par ce recensement et l’état des lieux qui en découlent, des aménagements pourraient être mis en place pour permettre le passage de la faune. Ils peuvent être fait avec différents matériaux pour attirer plusieurs espèces comme les écoducs, ou bien être spécifiques à une espèce comme le crapauduc ou l’écureuiloduc. D’autres solutions peuvent être appliquées telles que des limitations de vitesse dans certaines zones ou des clôtures pour guider les animaux vers les écoducs spécifiquement aménagés. Ces moyens seraient à envisager sur les levées de la Loire mais aussi sur les autoroutes longeant le fleuve.

Des mesures temporaires peuvent également être prises, comme par exemple le fait de barrer une route la nuit pour permettre le passage des amphibiens à une certaine période de l’année, comme cela a notamment été réalisé en Moselle. 

➜ les communes, les établissements publics de coopération intercommunale, les directions départementales des territoires.

Intégrer la thématique de la biodiversité dans le plan de gestion permettrait aux différentes formes de vie présentes dans le périmètre du Val de Loire d’évoluer librement dans une zone protégée et sécurisée.